Dans sa peinture, Simon Rayssac use de la répétition des motifs, des couleurs et des mouvements. Chez lui la répétition est en perpétuelle création. Par l’articulation des oppositions, des ressemblances et des reflets, elle ne cesse de s’enrichir ou de se métamorphoser. Le terme n’est jamais atteint. Le retour au point de départ est toujours possible. La virtuosité et la maladresse s’entremêlent. Cet artiste ne cherche pas à résoudre les contradictions. Au contraire il les affirme. Rien n’est plus étranger à sa peinture que la détermination stricte, l’argumentation autoritaire. Il n’a pas pour but de cadrer, délimiter son geste pictural mais plutôt de s’en servir comme un levier de débordement et d’éclatement pour aller de l’avant et saisir un foisonnement de sensations et d’images. S’il existe une relation entre notre monde et le sien, elle est analogue à la relation amoureuse, c’est-à-dire qu’elle est faite de fantaisies, de tentations et d’abandons, d’envols, de frémissements et de matérialité du quotidien, de fusions et de séparations. Et ces deux mondes sont nécessaires, l’un ne supprimant jamais l’autre, dans une alliance permanente de rupture et de réconciliation.

Didier Arnaudet

Les peintures de Simon Rayssac sont un vivarium. Un vivarium sans cloture, composé d’etres sensoriels, legerement agites. Fragilement campes, ils dejouent les significations. Si on se place à l’echelle de l’infime et que l’on prend la bonne lentille pour le voir, le plus quelconque apparait comme un etre singulier, avec sa propre tenue, son propre champ de resonnance ; à l’occasion d’une rame, d’un feuillage, de ronds dans l’eau.
Le derisoire, l’infiniment petit, c’est là où on respire parce que tout y est tenu et changeant. Ici pas de loi mais des clins d’œil. Tout se joue dans une inflexion minime, une attention à la singularité des choses qui requiert à chaque fois d’adapter legerement le code. Une ombre, un mouvement, une couleur donnent lieu à une geometrie pudique dans laquelle des formes sans contour voisinent et forment des plans sans profondeur. On plonge, le flottement devient la matiere meme du toucher, du contact.
Mais ce flottement cache une autre materialité, celle des coups de pinceau. On s’imagine la main, le corps, agites. L’emotion, l’humour, la frustration, la contemplation : sur la toile les coups de pinceaux ont une eloquence bavarde, semblent contenir les mille variations d’un cœur pris dans les aleas du quotidien. La « patouille » est cette matiere pleine d’emballement, elle s’emporte, etonnamment humaine, et la distance indefinissable qui separe chaque plan du tableau accueille ces debordements à l’infini. Quelque chose de la douceur du geste, du regard fait qu’ici on peut deborder sans crainte.

Nora Barbier